
Carrara S.p.A. fabrique des joints pour vannes destinés aux industries chimique et énergétique : un secteur dans lequel chaque nouvelle référence développée avec le client donne lieu à un moule dédié, qui appartient au client et doit rester accessible pendant des années. Le magasin d’outillage devient ainsi l’une des rares zones de l’entreprise dont la courbe de croissance est monotone : il accumule sans jamais se vider, sature l’espace avant même que les volumes de production ne l’exigent et transforme le temps de recherche en un coût diffus et difficile à mesurer. Pour en sortir, l’entreprise a remplacé des magasins rotatifs en fin de vie par un magasin vertical automatique réalisé par Modulblok, installé à l’extérieur de l’usine et intégré à l’ERP.
Le stock de produits finis respire : il se remplit et se vide au rythme de la demande. Le magasin d’outillage de production, lui, ne respire pas. Dans les entreprises qui travaillent sur spécification, chaque nouvelle référence développée avec un client donne lieu à un moule, une matrice ou un outil dédié, qui entre en stock et n’en sort plus, parce que la commande peut se renouveler des années plus tard et parce que, souvent, l’outillage n’appartient même pas à celui qui le conserve. C’est une courbe croissante monotone, sans mécanisme naturel de déstockage. Et lorsqu’elle atteint une limite, la contrainte qui apparaît en premier est rarement l’espace : c’est le temps d’accès.
C’est le point de départ de ce cas. Carrara S.p.A. fabrique des systèmes d’étanchéité industrielle (des joints destinés principalement aux industries chimique et énergétique) et compte parmi les principaux acteurs européens du secteur, avec plus de soixante ans d’activité et environ cent cinquante personnes sur son site d’Adro, dans la province de Brescia. Son marché de référence est celui des fabricants de vannes pour le secteur Oil & Gas, une filière fortement concentrée sur le territoire italien. « Les fabricants de vannes sont notre premier débouché », explique Sebastiano Carrara, directeur général de l’entreprise. « Ce sont des entreprises très ancrées ici, sur le territoire, et leurs produits sont exportés dans le monde entier. »
La particularité du secteur réside dans la relation entre le produit et l’outillage. Le joint n’est pas un composant sur catalogue : il s’adapte à la conception de chaque vanne, et chaque variation de dimensions donne lieu à une nouvelle référence. « Pour chaque nouvelle vanne naît un joint aux dimensions légèrement différentes », confirme Sebastiano Carrara. « Chaque dimension, chaque type, chaque article a son moule : parfois il est réutilisé, parfois il est dédié à ce seul joint. Dans tous les cas, le moule est développé avec le client, qui le paie, et c’est de fait son outillage. Mais c’est nous qui le conservons. »
Il en découle deux conséquences opérationnelles. La première concerne le nombre : le parc de moules augmente avec le nombre de références développées, et non avec les volumes produits. La seconde concerne l’encombrement : il s’agit d’outillages lourds, dont certains atteignent 2 900 millimètres de diamètre. « Ils ne sont pas vraiment faciles à stocker », résume Sebastiano Carrara.
La croissance de la division consacrée aux joints pour l’Oil & Gas a entraîné la saturation complète du magasin d’outillage. « La conséquence n’a pas seulement été le manque d’espace, mais une augmentation progressive de la complexité de gestion : des temps de recherche de plus en plus longs, une plus grande difficulté à contrôler les stocks et une planification de plus en plus complexe des activités du magasin. Notre objectif n’était pas simplement d’augmenter la capacité de stockage, mais de continuer à croître sans que la croissance se traduise par une plus grande complexité organisationnelle. »
À cela s’est ajoutée une échéance technique. Le stockage des moules était confié à des magasins rotatifs achetés plusieurs décennies auparavant et désormais proches de la fin de vie. La nécessité de les remplacer a ouvert une fenêtre de réflexion qu’il aurait été difficile d’ouvrir autrement : « Nous avons associé le besoin concret de les remplacer au défi de repenser l’organisation et le processus de gestion des moules. »
Le passage d’un parc de carrousels rotatifs à un magasin vertical automatique est souvent présenté comme une simple mise à jour technologique. Du point de vue du processus, il s’agit pourtant de deux paradigmes différents.
Dans le modèle précédent, l’organisation était dispersée : plusieurs unités, chacune avec son propre ensemble d’outillages, réparties en différents points de l’atelier. « Avant, les moules étaient prélevés un par un dans les magasins rotatifs », raconte Sebastiano Carrara. « L’opérateur devait faire des allers-retours sans logique bien définie : il prenait un moule dans le magasin 1, allait jusqu’au 5, en prenait un autre, revenait au 2, retournait au 5. » Avec un volume de l’ordre d’une centaine de prélèvements par jour, la somme de ces déplacements représente un temps non négligeable et, surtout, impossible à réduire par des mesures organisationnelles.
Le modèle adopté inverse la relation entre l’homme et le matériel. « Nous voulions dépasser l’idée selon laquelle c’est le magasinier qui doit se déplacer entre plusieurs zones de stockage pour trouver le matériel, et passer à un modèle dans lequel c’est le matériel qui arrive automatiquement jusqu’à l’opérateur, sur un poste de travail unique. » C’est le principe goods-to-person (marchandise à l’homme) appliqué non pas au produit fini, mais à l’outillage de production : une application moins fréquente, mais dont le rapport coûts-bénéfices est souvent plus favorable, car l’enjeu n’est pas le délai de traitement d’une commande client, mais la disponibilité d’une ressource critique pour l’ordonnancement de l’atelier.
Un élément souvent sous-estimé concerne la fiabilité du prélèvement. Dans le magasin de Carrara, le système ne se contente pas de présenter le plateau : il signale visuellement la position de l’outillage à l’intérieur. « Même lorsque le plateau est grand et qu’il y a beaucoup de pièces les unes à côté des autres, on voit sur l’écran dans quelle zone se trouve l’outillage : c’est précisément le rectangle où il a été posé qui s’allume. » C’est un détail qui fait passer le contrôle de la mémoire de l’opérateur à l’interface de la machine, et qui a des conséquences directes sur le profil de compétences requis, un sujet sur lequel nous reviendrons.
Parmi les exigences qui ont orienté le choix, celle qui a eu l’impact architectural le plus important a été l’emplacement. « Un élément déterminant a été la possibilité d’installer le magasin à l’extérieur de l’usine, avec une solution conçue dès l’origine pour ce type d’application, et non comme une simple adaptation de systèmes standard », explique Sebastiano Carrara. La raison est économique avant d’être technique : chaque mètre carré libéré à l’intérieur du bâtiment industriel redevient disponible pour la production, qui est l’usage de la surface couverte à plus forte valeur.
Ce choix fait toutefois passer le magasin automatique du statut d’équipement d’usine à celui d’ouvrage de construction à part entière, avec un ensemble de vérifications qui ne s’appliquent pas à une installation en intérieur. La structure extérieure doit être vérifiée au regard des actions environnementales (vent, neige, séisme) selon les normes techniques italiennes pour les constructions (Norme tecniche per le costruzioni, décret ministériel du 17 janvier 2018) ; l’enveloppe doit assurer l’étanchéité à l’eau et un indice de protection adapté aux composants électriques et électroniques ; le système de régulation thermique doit maintenir les conditions de fonctionnement de l’automatisation et prévenir la condensation sur les outillages métalliques déplacés entre des environnements à des températures différentes. Il faut également évaluer, au cas par cas, si l’enveloppe entre dans le champ d’application du règlement (UE) 2024/3110 relatif aux produits de construction, qui a remplacé le règlement (UE) 305/2011.
La deuxième exigence technique non négociable concernait la capacité de charge des plateaux, dimensionnée sur le poids réel des outillages : « Nous avions besoin de plateaux d’une capacité de charge adaptée au poids de nos moules, une exigence que peu d’entreprises étaient en mesure de satisfaire. » C’est le type de contrainte qui, dans la conception d’un magasin vertical, détermine en cascade la structure porteuse, le système d’extraction et la hauteur maximale atteignable : la capacité de charge unitaire du plateau, davantage que la capacité nominale totale, est souvent le paramètre qui distingue les solutions réellement applicables.
Un magasin automatique intégré ne tolère aucune ambiguïté dans les données de base. Si un même moule existe sous deux codes, si la désignation de l’article n’est pas univoque, si la relation entre l’ordre de fabrication et l’outillage est conservée dans un fichier extérieur au système de gestion, l’automatisation ne résout pas le désordre : elle le rend visible et bloquant. « Nous savions que ce produit nous obligerait à développer aussi d’autres parties du flux : l’intégration, une meilleure gestion des codes articles, la révision des données de base. Tout cela a contribué à rendre le processus plus clair. Nous avons travaillé des deux côtés : d’un côté sur la machine, de l’autre sur le processus et le flux informatique. »
L’objectif déclaré lors de la conception était l’intégration complète à l’ERP de l’entreprise, SAP. « Pour nous, il était fondamental que le magasin ne soit pas un système isolé, mais une partie intégrante du processus de production. Aujourd’hui, l’intégration permet de faire communiquer l’ordonnancement de la production avec le magasin, ce qui réduit les tâches manuelles et assure la disponibilité des outillages au moment où ils sont nécessaires. »
Le projet a été mené par étapes, et il vaut la peine d’en rendre compte sans simplification, car sa progressivité est l’une des informations les plus utiles pour ceux qui abordent des projets similaires.
La migration physique des outillages répond à la même logique progressive. Il n’y a pas eu de jour J : l’ancien et le nouveau système coexistent, et le transfert se fait au fur et à mesure que les moules sont demandés par la production. C’est un choix qui allonge la période de double gestion mais supprime le risque d’arrêt, et qui n’est pas un détail dans un contexte où un tiers du chiffre d’affaires est lié à des commandes urgentes.
« Réussir à concilier qualité, rapidité de réponse et viabilité économique dans un contexte qui évolue beaucoup plus vite que la capacité d’adaptation des organisations. Les entreprises manufacturières européennes, et en particulier les entreprises italiennes, pourront difficilement rivaliser uniquement sur le prix avec d’autres marchés. Le véritable avantage concurrentiel sera de plus en plus lié à la capacité de maîtriser la complexité : un niveau de service supérieur, des processus fiables, des délais de réponse courts. »
« Il ne concerne pas seulement la direction : il touche les bureaux d’études, la production et toutes les compétences construites au fil des ans. Attirer de nouveaux talents et, surtout, leur transmettre le patrimoine de connaissances de l’entreprise sera de plus en plus déterminant. Et le marché du travail évolue très rapidement : nous devons être capables de changer et d’être attractifs pour les personnes de valeur. Cela signifie ne plus être l’usine d’il y a seulement cinq ans. »
« Être dynamiques et suivre des changements qui se produisaient autrefois en plusieurs décennies et qui se produisent aujourd’hui en l’espace d’un an. Savoir changer est ce qu’il y a de plus difficile pour des structures qui comptent beaucoup de personnes et qui se sont organisées au fil des décennies. L’automatisation, cependant, ne doit pas être vue comme un objectif, mais comme un outil pour construire des processus plus simples, standardisés et évolutifs, capables de guider les personnes et de soutenir la croissance dans le temps. »
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